Le canal de la Sauldre - suite
Long de 46 810 mètres, le canal de la Sauldre a une largeur réduite (7,70 mètres en moyenne), inférieure au gabarit Freycinet adopté sous la Troisième République. On adopta d'emblée la largeur du canal de Berry construit de 1810 à 1840 selon les pratiques anglaises, avec des écluses larges de 2,70 mètres et longues de 30 m environ.
Le canal de la Sauldre est un canal de jonction par dérivation, sans bief de partage. Il joint la Sauldre au Beuvron en épousant une courbe de niveau jusqu'à ce que celle-ci passe sur le versant du Beuvron. Alors il commence réellement à descendre vers celui-ci.
Sa profondeur normale ("mouillage") est d'1,50 mètre. Il est franchi par 48 ponts. Une dénivellation totale de 63 mètres est rachetée par une succession de 22 écluses, d'une longueur utile minimale de 27,75 mètres, et d'une largeur de 2,70 mètres. Les écluses sont numérotées de 1 à 19 entre l'Aunay et Lamotte-Beuvron, tandis que les trois premières, construites plus tardivement, portent les matricules A, B et C.
L'alimentation en eau se fait par la Sauldre, dérivée d'abord dans une rigole souterraine à partir de la ferme de l'Hôpital, puis quelques kilomètres en aval par la prise d'eau initiale de l'Aunay, trois écluses plus bas, et enfin par le réservoir de l' étang du Puits, lui-même rempli par le canal juste au-dessus de l'écluse n°1 des Fouchères, d'une superficie de 180 hectares, pouvant accumuler 6 200 000 mètres cubes d'eau, si bien que le canal, même dans les années les plus sèches, n'a jamais manqué d'eau. En fait, l'étang du Puits est un réservoir tampon.
Le transbordement de la marne du canal au chemin de fer d'Orléans, à Lamotte-Beuvron, se faisait par tombereaux jusqu'en 1873. À cette date un embranchement de chemin de fer de quelques centaines de mètres permit le chargement direct des wagons au moyen d'une grue fixe de 4 tonnes, réduisant ainsi les frais de manutention.
Les bateaux circulant sur le canal de la Sauldre, construits sur place à Blancafort et à Argent ou empruntés au canal du Berry, étaient de type "berrichon", c'est-à-dire correspondant aux normes du canal de Berry, d'une largeur réduite (voir ci-dessus). Un "berrichon" mesurait 27 mètres de long sur 2,50 à 2,60 mètres de large, avec un tirant d'eau d'1,20 mètre. Il pouvait transporter 50 à 55 tonnes de marne. Il comportait une cabine à l'arrière servant de logement aux deux bateliers. Le nombre de bateaux en circulation varia selon l'importance du marnage, et déclina constamment. En 1876 il était de 16 ; en 1896, de 14 ; en 1902, de 13 ; en 1907, de 11 ; en 1912, de 8 ; en 1921, de 6. Ces bateaux portaient les noms de Bayard, Jean-Bart, Surcouf, France, Paris, Espoir, Pilote, Terrible, Solognot, Neptune, Alexis-Soyer...
La traction était principalement humaine jusque vers 1900. Deux hommes, ou, pour les plus riches, un ou deux mulets halaient le bateau depuis le chemin de halage. L'aller et retour depuis Blancafort demandaient 6 jours, déchargement à Lamotte-Beuvron compris. Après 1900, la traction fut exclusivement animale, avec un âne ou un mulet. Un batelier guidait l'animal, tandis que l'autre tenait les gouvernails (les "raquettes"). L'aller-retour ne demandait alors pas plus de trois ou quatre jours.
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